Procès Saer Diagne : L'affaire choquante du vigile de confiance du colonel accusé du pire sur sa fille de 14 ans
5 ans de réclusion criminelle ! C’est la peine requise par le procureur de la République contre M. Diagne, dit Saer, un vigile de 39 ans. Il est accusé de viol, pédophilie, détournement de mineure et corruption de mineure sur la fille d’un colonel, âgée de 14 ans au moment des faits. Le dossier a été jugé ce mardi à la chambre criminelle de Dakar. L’histoire s’est déroulée à Mermoz au courant de l’année 2022.
Lors des débats contradictoires, la victime, K. Dieng, assistée de sa mère, est revenue sur cette partie sombre de sa vie. « J’avais 14 ans à l’époque. Saer était gardien dans notre cité. Un jour, je revenais de l’école. Ma mère m’avait demandé d’aller chercher des bouteilles au marché Tilène, car elle vend des jus. En cours de route, je l’ai croisé. Il a proposé de me déposer avec sa voiture. Arrivée au niveau de l’école normale, il m’a dit que je pouvais acheter les bouteilles au Parc Lambaye, à Grand Dakar », a lancé la partie civile avant de poursuivre.
« Il m’a dit qu’il allait passer d’abord chez sa sœur. Il a garé à l’angle, me laissant seule dans le véhicule. Quelques instants plus tard, sa sœur est venue me demander de monter, soutenant que Grand Dakar n’était pas sûr », raconte la demoiselle. Elle enchaîne : « Sur place, j’ai vu un bâtiment inachevé, mais habité. J’ai trouvé une femme qui tenait un enfant. Elle m’a installée dans une chambre. Saer est allé sur la terrasse. La dame m’a demandé mon niveau d’étude, puis si j’avais un copain. Je lui ai dit non. Elle m’a confié qu’elle avait fugué pour vivre avec son copain. Je lui ai répondu que cela ne me concernait pas. Elle m’a traitée d’indisciplinée. En parlant, elle me disait que je ne savais pas ce qui m’arrivait. Saer est revenu avec une bouteille de bière et un joint de chanvre indien. La femme a fermé la porte derrière elle », dit-elle.
Poursuivant le récit de sa mésaventure, K. Dieng a décrit la première scène de viol. « Il m’a demandé de boire de l’alcool et de fumer le joint. Ce que j’ai refusé. C’est ainsi qu’il m’a menacée d’un ton ferme. Sous le coup de la peur, j’ai exécuté. Ensuite, il s’est déshabillé. Il m’a demandé de faire de même. Comme j’étais lente, il a lui-même enlevé mes habits. Ensuite, il a commencé à m’embrasser et à me palper. Je criais, mais personne n’est venu à mon secours. Il a mis un préservatif. Il m’a pénétrée, en me rouant de gifles avant de m’étrangler. J’ai étouffé à un certain moment. Après son acte, il m’a dit : "Ce n’est pas la peine de pleurer. C’est ce que ta mère et ton père font" », dit la plaignante, choquant le public de la salle 4 du palais de justice Lat Dior. « Après, il a pris un taxi pour moi. Arrivée chez moi, j’ai constaté qu’il y avait du sang sur mon slip. Je suis allée me laver », raconte-t-elle.
Pour la deuxième fois, K. Dieng a expliqué que Saer avait abusé d’elle dans la salle des fêtes de la cité. « Sur instruction de ma mère, je lui apportais un plat pour le dîner. Son collègue, Guèye, m’a demandé d’aller l’appeler parce qu’il était derrière le bâtiment en train de se laver. Quand je suis allée le chercher, il m’a prise par surprise, de dos. Il avait déjà mis un préservatif. Il a mis sa main sur ma bouche pour m’empêcher de crier. Il m’a sodomisée. Quand je suis retournée au poste de garde, son collègue était déjà parti. Arrivée à la maison, ma mère m’a même donné une gifle en me disant que j’avais trop duré là-bas », a retracé la fille.
Sur le troisième acte, elle raconte : « C’était aux environs de 10 h. Je revenais de l’école. Il m’a vue monter dans l’appartement. Il est venu me dire que c’est mon père qui lui avait demandé de vérifier si j’étais seule à la maison. Comme mon père avait l’habitude de le faire, je l’ai cru. Il m’a trouvée dans le salon avec ma tablette. Mais après, je suis partie dans ma chambre où il m’a rejointe. Il a essayé encore d’entretenir des rapports sexuels avec moi. Je l’ai menacé avec un couteau qui était sur le lit. Il m’a dit : "Maintenant tu me menaces avec un couteau". Il est parti », affirme la plaignante.
Le juge l’a interpellée sur la nature de leur relation. Elle déclare : « Il était vigile dans notre cité. C’est mon père qui l’avait intégré dans la famille parce qu’il avait l’habitude d’acheter des bonbons à mes petits frères et il les conduisait chez le coiffeur. » K. Dieng précise : « Je ne pouvais pas raconter mon calvaire à mes parents parce que j’avais peur. Car j'étais souvent la source de leurs problèmes. D’ailleurs, un jour, je me rendais chez Saer à Cambérène parce qu'ils s'étaient chamaillés. Le matin, j’ai contacté Saer, je lui ai dit que je voulais sortir. Il m’a conseillé de fuguer. »
Entendue, sa maman a déclaré que Saer leur avait été présenté par son mari, le colonel. Ce dernier avait demandé de lui offrir à manger chaque jour. Au début, elle n’était pas d’accord, mais elle a fini par accepter. « Ma fille se plaignait de maux de ventre. Je lui disais que c’étaient peut-être ses règles. J’ai constaté que ses notes avaient chuté. J’ai insisté en menaçant de la conduire chez le gynécologue. Elle a pleuré. C’est ainsi qu’elle m’a dit qu’elle était partie à la plage lors d’une sortie scolaire et que quelqu’un l’avait violée. Le lendemain, j’ai appelé sa copine Émilie. À ma descente, j’ai encore interrogé ma fille et elle m’a dit que c’était Saer qui l’avait violée », dit-elle. La mère de famille conclut : « On considérait Saer comme un membre de la famille. Mon mari est décédé en février parce que cette affaire l’a affecté », dit-elle.
L’accusé conteste
Interrogé, Massaré Diagne, placé sous mandat de dépôt le 8 avril 2022, a nié en bloc. « Ce n’est pas vrai. C’est en 2021 qu’on m’a affecté dans la cité. Je me suis rendu chez eux à trois reprises seulement. » Le président lui a rappelé que devant le juge d’instruction, il avait déclaré s’être rendu chez la victime pour des travaux. « Je n’ai jamais dit ça », a-t-il réfuté.
Sur l’épisode des bouteilles, il explique : « Il était 13 h, je me rendais à Grand Dakar. Elle m’a dit que sa mère l’envoyait acheter des bouteilles. Je l’ai conduite au Parc Lambaye. Elle a acheté les bouteilles, puis nous sommes rentrés. »
Concernant la visite à Cambérène, il relate : « Elle m’a appelé pour me dire qu’elle voulait fuguer car sa mère l’avait menacée après l’avoir vue avec un garçon nommé Lito. Elle a insisté pour venir chez moi en taxi. À son arrivée, je lui ai conseillé de rentrer. Par la suite, je l’ai conduite chez une amie de sa mère et j’ai appelé cette dernière pour qu’elle vienne la récupérer. »
Réquisitoire du procureur
Le procureur a souligné que la victime n’a jamais varié dans ses déclarations. Le certificat médical du 31 mars 2022 a révélé des lésions hyménéales anciennes confirmant la pénétration. Pour le parquet, une fille de 14 ans ne peut inventer un tel plan contre un vigile que sa propre famille aidait. Le procureur a requis 15 ans de réclusion criminelle.
La défense, assurée par Me Ibrahima Mbengue, a plaidé l’acquittement, affirmant qu'il n'y a pas de preuves tangibles et que les témoignages indirects ne valent pas preuve en droit.
L’affaire est mise en délibéré au 2 juin prochain.
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