DETTE DU SÉNÉGAL : LE MUR DE MARS N’EST QU’UNE HAIE DANS UNE COURSE DE 400 MÈTRES SUR DES TOURS DE PISTE INTERMINABLES (PR AMATH NDIAYE)
On parle beaucoup du « mur de mars » pour décrire les importantes échéances de dette auxquelles le Sénégal doit faire face. En réalité, cette image est trompeuse. Il ne s’agit pas d’un obstacle unique. La gestion actuelle de la dette publique ressemble davantage à une course de 400 mètres haies disputée sur plusieurs tours de piste, où chaque trimestre représente une haie financière importante à franchir.
En 2026, le service total de la dette est estimé à près de 5 500 milliards FCFA. Cette charge est répartie tout au long de l’année, sous forme d’échéances successives qui maintiennent la trésorerie publique sous pression permanente.
Premier trimestre : environ 1 445 milliards FCFA
C’est la première haie de la course. Elle est particulièrement élevée avec plusieurs remboursements importants, dont l’échéance d’eurobonds de mars. Cette concentration d’échéances explique pourquoi certains analystes parlent du « mur de mars ».
Deuxième trimestre : environ 1 380 milliards FCFA
À peine la première haie franchie, la deuxième se présente déjà. Les besoins de financement restent très élevés et obligent l’État à revenir régulièrement sur le marché pour refinancer les échéances.
Troisième trimestre : environ 1 330 milliards FCFA
La pression ne retombe pas. Les remboursements continuent de s’enchaîner, maintenant une forte tension sur la trésorerie de l’État.
Quatrième trimestre : environ 1 345 milliards FCFA
La dernière haie de l’année reste tout aussi exigeante, confirmant que la contrainte de dette pèse sur les finances publiques tout au long de l’année.
Mais la difficulté ne tient pas seulement à l’enchaînement des haies. La course se déroule en réalité sur plusieurs tours de piste.
En effet, une grande partie de la dette n’est pas réellement remboursée : elle est refinancée. Autrement dit, l’État emprunte de nouveau pour payer les échéances arrivées à maturité. Ce refinancement s’effectue souvent dans des conditions de plus en plus difficiles :
des taux d’intérêt plus élevés, des maturités de plus en plus courtes, et un recours croissant aux Bons assimilables du Trésor (BAT) à un an.
Cette évolution accroît le risque de refinancement et oblige l’État à revenir fréquemment sur le marché pour trouver de nouvelles ressources.
Ainsi, la dette publique du Sénégal ne se résume pas à un obstacle ponctuel comme le « mur de mars ». Elle ressemble plutôt à une course d’endurance jalonnée de haies successives, où chaque tour de piste impose de nouveaux emprunts pour franchir les obstacles suivants.
Dans ces conditions, la question centrale n’est plus seulement de franchir la prochaine haie, mais de savoir si le coureur pourra soutenir le rythme sur l’ensemble de la course sans trébucher.
Pr Amath Ndiaye
FASEG-UCAD
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