Dette publique : Pr Amath Ndiaye et Ibnou Sougoufara alertent sur une situation « insoutenable »
La dette publique du Sénégal a atteint un niveau critique qui appelle une restructuration en profondeur, plutôt qu’un simple reprofilage. C’est l’alerte lancée par le Pr Amath Ndiaye et l’économiste de l’énergie Ibnou Sougoufara, invités de l’émission Seneweb Eco du samedi 17 janvier 2026.
Selon le Pr Amath Ndiaye, enseignant à la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’UCAD, « quand on parle de restructuration, c’est qu’il y a un problème ». Il estime que la dette sénégalaise est désormais insoutenable, rappelant que le ratio d’endettement du pays se situe « entre 119 % et 132 % du PIB, selon les premières retenues ». À ce niveau, prévient-il, « il n’y a pratiquement plus de marge de manœuvre budgétaire ».
Reprofilage ou restructuration : une divergence de fond
Sur les options possibles, le Pr Ndiaye juge le reprofilage insuffisant. « Le reprofilage, c’est repousser les échéances, mais la situation reste la même », explique-t-il, estimant que cette solution « aggrave le problème ».
Un avis partagé par Ibnou Sougoufara, qui souligne que le Sénégal est désormais perçu comme un pays à risque. « Chaque nouvel emprunt se fait à des taux de plus en plus élevés », avertit-il, ajoutant que « si on n’initie pas une restructuration, on continue de payer les intérêts, c’est l’effet boule de neige ».
Le véritable nœud du problème : les intérêts de la dette
Les deux invités s’accordent sur le fait que le poids des intérêts asphyxient les finances publiques. « Dans l’endettement, ce qui est problématique, ce n’est pas le capital, parce que le principal, on le refinance. Le vrai problème, ce sont les intérêts », explique le Pr Ndiaye.
Selon lui, près de 25 % du budget national est aujourd’hui consacré au service des intérêts. « C’est plus que le budget du ministère de l’Éducation nationale, plus que celui de l’Enseignement supérieur, et même plus que ces deux ministères réunis ».
Ibnou Sougoufara renchérit en évoquant un stress financier aigu : « Quand un quart du budget part dans les intérêts, vous êtes obligés de sacrifier soit l’investissement, soit le social. C’est exactement ce que nous sommes en train de vivre ».
Ainsi, pour les deux experts, la restructuration apparaît comme l’option la plus responsable. « Avec la restructuration, on demande aux créanciers de faire des efforts : une décote, un allègement des taux d’intérêt, parfois un moratoire. C’est ce qui permet à l’État de respirer », soutient le Pr Amath Ndiaye.
Les deux intervenants estiment par ailleurs qu’aucune restructuration crédible ne peut se faire sans l’appui du Fonds monétaire international (FMI). « Le FMI est incontournable, parce qu’il apporte la crédibilité nécessaire vis-à-vis des créanciers et des marchés financiers », affirme Ibnou Sougoufara. « Le FMI fait une analyse de soutenabilité de la dette. Si la dette n’est pas soutenable – et à ce niveau, elle ne l’est pas – alors la restructuration s’impose », conclut le Pr Ndiaye.
Commentaires (6)
On aimerait les voir faire plus de travaux purement académiques et scientifiques, écrire dans des revues, écrire des ouvrages techniques et moins être dans la presse vouée à la politique quotidienne
Elle entraîne presque toujours :
Dégradation sévère de la notation souveraine
Fermeture des marchés financiers pendant plusieurs années
Fuite ou gel de certains investissements privés
Hausse durable du coût du crédit, même après l’opération
Exemple : Ghana, Zambie, Sri Lanka
La restructuration soulage à court terme, mais plombe la capacité d’emprunt futur.
Des universitaires se prononcent sur la situation dramatique de notre pays, des politiciens interviennent pour leur demander de rester dans leurs coins et s'abstenir d'alerter les pauvres sénégalais à qui l'on abreuve à volonté des faits divers comme pour endormir ceux à qui Diomaye et Sonko avaient promis le confort absolu des la première année de leur arrivée au pouvoir.
Félicitons le Pr Amath Ndiaye et à. Sougoufara pour parler au oeuple abusé au moment où 90% de nos universitaires qui s'agitaient entre 2021 et 2023 et qui ont avalé leurs langues.
Basta. Ça suffit pour l'hypocrisie. Laissez les sachants patriotes parler de la marche du pays chaque jour et partout. Nous sommes attentifs à ce qu'ils disent.
Ensuite j'aurai bien aime avoir l'avis de ces experts sur l'evolution de cette sur les deux denieres annees. C'est a dire durant le magistere de Pastef au pouvoir. Ensuite le toilettage de la dette avec ce qu'il convient d;appeler rebasing. Mieux la projection de croissance pour les annees a venir est ce que ces nouveaux elements peuvent changer la trajectoire de la dette et eviter la restructuration. Bref quels sont les scenarios a envisager pour maintenir le staut quo concernant cette dette. Est-ce qu'il existe ce genre de scenarios?
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