Dans de nombreux pays ouest africains, l'économie ne fonctionne pas comme un ensemble homogène. Elle est souvent divisée entre deux univers qui coexistent sans réellement se rejoindre. D'un côté, des secteurs modernes, urbains, connectés aux banques, aux marchés internationaux et aux grandes entreprises. De l'autre, une économie de subsistance dominée par de petites activités informelles, agricoles ou commerciales, avec peu de capital, peu de productivité et peu de protection sociale.
Cette dualité est particulièrement visible dans des pays comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire ou le Ghana. Les télécommunications, la banque, les hydrocarbures, les services numériques ou certaines grandes industries affichent parfois des niveaux de rentabilité et de productivité comparables à ceux de pays plus développés. Dans le même temps, une large partie de la population travaille dans des exploitations agricoles familiales, du petit commerce, du transport informel ou des activités artisanales à faible revenu.
Le contraste se retrouve aussi dans les revenus. Une minorité de salariés du secteur formel bénéficie de contrats stables, d'un accès au crédit, d'une couverture sociale et de revenus relativement réguliers. À côté, une majorité d'actifs évolue dans des activités où les revenus varient fortement selon les saisons, les prix, les récoltes ou la fréquentation.
Cette fragmentation économique limite la circulation de la richesse. Une croissance forte dans les télécoms, la finance ou les mines ne se diffuse pas automatiquement vers les zones rurales, les petits producteurs ou les travailleurs informels. Une partie de la population reste donc à l'écart des bénéfices de l'expansion économique.
Le phénomène apparaît clairement dans la structure de l'emploi. Dans plusieurs pays de l'UEMOA, plus de 80 % des actifs travaillent encore dans l'économie informelle, alors que l'essentiel des recettes fiscales, des crédits bancaires et des investissements se concentre dans les secteurs formels. Cette concentration crée un déséquilibre durable entre une économie moderne qui produit davantage de valeur et une économie de survie qui absorbe la majorité de la main d'œuvre.
L'agriculture illustre bien cette dualité. Certaines filières exportatrices disposent de financements, d'équipements modernes et d'un accès aux marchés internationaux. À l'inverse, de nombreux petits producteurs continuent de travailler avec peu d'intrants, peu de mécanisation et des rendements faibles.
Cette coexistence entre deux économies ralentit aussi la transformation structurelle. Tant qu'une large partie de la population reste cantonnée à des activités peu productives, les gains de croissance restent concentrés dans un nombre limité de secteurs et d'acteurs.
Réduire cette fracture suppose de mieux relier les deux univers. Cela passe par l'accès au financement, à l'éducation, aux infrastructures, à la protection sociale et à des emplois plus productifs. Sans cette passerelle, les pays risquent de continuer à afficher une croissance visible dans certains secteurs tout en laissant une grande partie de la population à l'écart.
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