Calendar icon
Monday 11 May, 2026
Weather icon
á Dakar
Close icon
Se connecter

Tabaski, prix du mouton et terrorisme : Le diagnostic sans filtre du Dr Abdoulaye Arona Kâ

Auteur: Fatoumata Kidiera

image

Tabaski, prix du mouton et terrorisme : Le diagnostic sans filtre du Dr Abdoulaye Arona Kâ

À quelques semaines de la Tabaski 2026, l'insécurité au Mali, principal fournisseur de bétail du Sénégal, jette une ombre sur l'approvisionnement du marché national. Entre blocus djihadistes, hausse des coûts logistiques et enjeux de souveraineté, le Docteur Abdoulaye Arona Kâ, Président de la Confédération paysanne du Sénégal, livre une analyse sans concession sur les défis de cette année et les solutions de rupture pour l'avenir.

Seneweb : Le blocus décrété par les djihadistes autour de Bamako et sur les axes routiers ne crée-t-il pas des perturbations sur le ravitaillement du marché sénégalais, quand on sait que le Mali représente un réservoir majeur de bétail ?

Dr Abdoulaye Arona Kâ : Effectivement ! Ces attaques vont forcément impacter la fête de la Tabaski au Sénégal. Nous ne sommes pas sans savoir que le Mali et la Mauritanie restent jusque-là les deux grands fournisseurs de moutons de Tabaski du Sénégal.

Les zones d'élevage convoitées par les importateurs ont-elles été particulièrement touchées par ces attentats ?

Bien sûr ! Nous avons trois grands points dans le Nioro du Mali par lesquels transitent les moutons : les villes de Nara et Béma, ainsi que la zone de Troungoumbé. Parmi ces zones, deux ont été attaquées par les terroristes : Troungoumbé et Béma. Par contre, la ville de Nara n'a pas été cernée par les assaillants.

Mais est-ce que le convoyage sera possible ? La ville de Nara suffit-elle à elle seule pour satisfaire le marché sénégalais ?

La commune de Nara est plutôt frontalière avec la Mauritanie. Jusque-là, il est possible d'importer du bétail. Nous sommes actuellement en train d'étudier la possibilité de faire transporter tous les moutons de Tabaski par là-bas.

Puisque ce détour implique un passage par la Mauritanie, cela ne risque-t-il pas d'engendrer des frais supplémentaires ?

Est-ce que les Mauritaniens n'exigeront pas de taxes ? On ne le sait pas encore, mais c'est très plausible. Dans ce cas, cela générera effectivement des frais supplémentaires.

"Il revient à l'État d'homologuer le prix des intrants pour permettre aux éleveurs de vendre leurs moutons moins chers"

Quelles sont les alternatives pour parer à de pareilles crises dans le futur ?

La solution est ici et nulle part ailleurs. Il n'est pas question d'importer quoi que ce soit à l'avenir. Il faut que l'État investisse dans le marché local. Le Sénégal peut se fournir lui-même suffisamment d'ovins à chaque fête de l'Aïd el-Kébir.

Mais les clients se plaignent souvent de la cherté des béliers sur le marché national...

Vous savez, les bergers injectent des ressources considérables pour obtenir de gros béliers. Si leur coût de revient est élevé, on ne peut pas les blâmer. Il revient à l'État d'homologuer le prix des intrants pour permettre aux éleveurs de vendre leurs moutons moins chers.

En tant qu'expert, croyez-vous que les éleveurs locaux pourraient satisfaire la demande globale à l'avenir ?

Au Sénégal, nous sommes 19 millions d'habitants et nous avons besoin d'environ 980 000 moutons de Tabaski. On importe 350 000 à 400 000 têtes chaque année au profit des éleveurs maliens, ce qui nous coûte jusqu'à 30 milliards de FCFA. Ce n'est pas normal. L'élevage du Sénégal doit profiter aux éleveurs sénégalais. C'est à l'État de changer la donne en accompagnant les acteurs locaux pour espérer une souveraineté animale.

"Un membre de la Confédération a été tué au Mali et dépouillé de 40 millions"

Note-t-on d'autres conséquences liées à ces importations massives ?

Bien sûr. Il y a un problème de santé publique. Les ovins importés doivent souvent être vaccinés à leur arrivée. Or, certains vaccins nécessitent un délai de réponse immunitaire de trois ou quatre mois avant que la viande ne soit consommée. Si ce délai n'est pas respecté, cela peut s'avérer dangereux. On note souvent des maladies après la fête.

Qu'attendez-vous concrètement des autorités ?

Il faut que l'État consulte les vrais acteurs : les éleveurs, les bouchers, les importateurs. Les associations satellites ne maîtrisent pas le terrain. La preuve est que ce sont des membres de la Confédération qu'on a dépêchés au Mali pour tâter le pouls et étudier des solutions.

Peut-on craindre des risques d'infiltration terroriste parmi les commerçants et les convoyeurs ?

Un membre de la Confédération a été tué au Mali et dépouillé de 40 millions destinés à l'achat de bétail. Avec les terroristes, on ne peut écarter aucun risque.

Existe-t-il une solution de secours au cas où le Mali ferait défaut ?

Le Niger pourrait être une alternative, même si cette possibilité n'a toujours pas été exploitée.

Entretien réalisé par Fatoumata Kidiera 

Auteur: Fatoumata Kidiera
Publié le: Lundi 11 Mai 2026

Commentaires (1)

  • image
    Caisses noires ya bon il y a 9 heures
    achetez des poulets .un zoo ou le paraitre est l'alpha et l'omega..un client de bordel est leur guide !!

Participer à la Discussion

Règles de la communauté :

  • Soyez courtois. Pas de messages agressifs ou insultants.
  • Pas de messages inutiles, répétitifs ou hors-sujet.
  • Pas d'attaques personnelles. Critiquez les idées, pas les personnes.
  • Contenu diffamatoire, vulgaire, violent ou sexuel interdit.
  • Pas de publicité ni de messages entièrement en MAJUSCULES.

💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.