"Les monstres surgissent" : l'analyse du colonel Babacar Diouf sur l'avenir du monde
Invité du « Jury du Dimanche », le colonel à la retraite Babacar Diouf a évoqué le conflit au Moyen-Orient. Entre rivalités régionales et affrontements indirects entre grandes puissances, il alerte sur une crise aux conséquences potentiellement globales. Pour le colonel Babacar Diouf, le Moyen-Orient ne peut être réduit à un simple théâtre de conflits locaux. Il s’agit d’un espace central dans l’équilibre mondial. « En géopolitique, la première chose qu’on regarde, c’est la carte. Et la carte nous explique souvent pourquoi une crise est ici et pas ailleurs », dit-il. La région concentre en effet des ressources vitales, notamment énergétiques, et abrite des points de passage stratégiques comme le détroit d’Ormuz. « Là-bas, c’est près de 20 % du pétrole mondial qui transite. Dès qu’il y a une tension, c’est toute l’économie mondiale qui est impactée », souligne l’invité.
Iran-Israël : une rivalité structurante
Au cœur des tensions actuelles se trouve l’opposition entre l'Iran et Israël. Le colonel souligne une réalité stratégique souvent ignorée : « Israël a une particularité : il n’a pas de profondeur stratégique. Cela signifie que toute menace est immédiatement existentielle pour lui. » Face à cela, l’Iran déploie une stratégie d’influence régionale, alimentant un climat de confrontation indirecte. Le colonel Babacar Diouf nuance également l’idée d’un bloc arabe homogène. Selon lui, les alliances sont mouvantes : « Les États n’ont pas d’amis éternels ni d’ennemis permanents. Ils n’ont que des intérêts. » Une logique qui explique les repositionnements entre des acteurs comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, malgré des convergences passées.
Au-delà de la région, le colonel inscrit le conflit dans une transformation plus large du système international. S’appuyant sur Antonio Gramsci, il décrit une période de transition dangereuse : « Nous sommes dans une phase où un monde n'est plus et un autre n’est pas encore né. Et dans ces moments-là surgissent les monstres. » Une instabilité qui, selon lui, a historiquement conduit à des conflits majeurs.
Le colonel évoque également le rôle des grandes puissances, notamment les États-Unis, face à la montée en puissance de la Chine et de la Russie. « Derrière les acteurs locaux, il y a toujours les grandes puissances. Chacune cherche à défendre ses intérêts stratégiques. » Il insiste sur une évolution majeure : la domination passe désormais par le contrôle des flux. « Aujourd’hui, la stratégie dominante, c’est le contrôle des flux : flux énergétiques, financiers, matières premières. »
Le Moyen-Orient, pivot des routes énergétiques
Dans cette logique, certaines zones deviennent cruciales. Le détroit d'Ormuz est l’un des points les plus sensibles. « L’énergie est au cœur de tout. Dès qu’il y a une hausse, elle se répercute sur toute l’économie. » Une instabilité prolongée dans cette zone pourrait provoquer des chocs économiques majeurs à l’échelle mondiale. Le colonel Babacar Diouf alerte enfin sur les conséquences pour les pays africains : « Nous allons avoir des problèmes sur les récoltes, sur l’alimentation, sur l’énergie. »
Pour des économies dépendantes des importations, le risque est réel. Il a pour noms : inflation, insécurité alimentaire et fragilisation sociale. Ainsi, le colonel Babacar Diouf met en garde contre une lecture réductrice du conflit au Moyen-Orient. « Il n’y a plus de conflits purement locaux. Tout est désormais interconnecté », dit-il. Avant de conclure : « Dans un monde en recomposition, cette crise apparaît comme un révélateur des nouvelles dynamiques de puissance. Et derrière les affrontements visibles, une réalité s’impose : le contrôle des ressources et des flux est devenu le véritable champ de bataille du XXIe siècle. »
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