91 milliards en jeu : Comment des documents "non authentiques" ont fait dérailler l'électrification rurale
L’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) a tenu une conférence de presse sous le thème « Exercice de transparence », dans un contexte marqué par des interrogations autour d’un ambitieux projet d’électrification rurale et un contentieux porté jusqu’à la Cour suprême. Face à la presse, les responsables de l’agence ont affiché une volonté claire : lever le voile sur un dossier complexe mêlant enjeux financiers, soupçons d’irrégularités et procédures judiciaires.
Prenant la parole, Mbaye Babacar Diouf, conseiller technique en stratégie du Directeur général de l’ASER, a assumé cette démarche de clarification. « Pour des raisons de transparence et de redevabilité, nous avons décidé de mettre à la disposition du public des documents authentiques. Parce que les silences sont les complices de toutes les monstruosités », a-t-il déclaré.
Un projet stratégique pour l’électrification rurale
Au cœur de cette communication, un projet d’envergure visant l’électrification de 928 localités rurales, avec une extension envisagée à plus de 1 500 villages. Le coût global est estimé à 140 millions d’euros, soit environ 91,8 milliards de francs CFA. Selon l’ASER, près de 36,7 milliards de francs CFA ont déjà été décaissés sous forme d’avances. Un investissement majeur, présenté comme essentiel pour améliorer l’accès à l’électricité en milieu rural.
Des origines remontant à 2022
Le projet trouve son origine dans un premier contact établi le 17 août 2022 entre l’ambassade du Sénégal en Espagne et la société AEE Power EPC, autour d’un programme initial portant sur 700 localités.
Un contrat commercial est signé en décembre 2022, avant la conclusion du contrat de marché officiel le 23 février 2024 entre l’ASER et l’entreprise espagnole. Dans la foulée, des avances sont ordonnées, notamment une avance de démarrage et une avance sur dépenses engagées, pour un montant global avoisinant les 37 milliards de francs CFA.
Des documents contestés et une rupture de confiance
Mais le projet bascule dans la controverse avec l’apparition de documents jugés non authentiques. Selon les explications fournies, des vérifications auprès d’institutions comme la Direction centrale des marchés publics (DCMP) et les services fiscaux ont permis d’établir que certains documents ne provenaient pas des administrations mentionnées, comportaient des anomalies administratives, ou ne correspondaient à aucune trace officielle. Ces éléments ont conduit à une rupture de confiance entre les parties contractantes, fragilisant l’exécution du projet.
Face à l’ampleur du litige, l’affaire a été portée devant la Cour suprême, marquant une nouvelle étape dans ce dossier. Selon les responsables de l’ASER, la haute juridiction a rendu une décision qui encadre juridiquement le contentieux, en rappelant les règles applicables en matière de marchés publics et en fixant les limites des relations contractuelles entre les parties.
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