À l'heure où les projets de développement se multiplient au Sénégal, la question de leurs impacts environnementaux et sociaux reste au cœur des préoccupations des communautés. À Dakar, un atelier de renforcement de capacités a réuni, ce 21 avril 2026, des femmes leaders issues de Bargny et des îles du Saloum pour mieux comprendre et s'approprier les Études d'impact environnemental et social (EIES). Organisée par l'ONG Syndev (Synergie pour le développement), cette initiative vise à corriger un déséquilibre persistant : celui entre des projets souvent portés à grande échelle et des populations locales, notamment les femmes, qui en subissent les conséquences sans toujours disposer des outils nécessaires pour faire entendre leur voix.
Pollution, perte de terres, dégradation des ressources naturelles ou encore fragilisation des activités économiques : les effets négatifs des projets d'infrastructures sont bien documentés. Mais ils touchent de manière disproportionnée les femmes et les jeunes filles, en raison de leur rôle central dans les économies locales et de leur accès limité aux ressources et à l'information. Dans ce contexte, les EIES sont censées jouer un rôle clé. Elles permettent, en théorie, d'anticiper, d'éviter ou de réduire les impacts négatifs des projets.
Pourtant, sur le terrain, leur efficacité est souvent remise en question. Plusieurs limites freinent l'impact réel des EIES : leur technicité, leur faible appropriation par les populations, des consultations jugées insuffisantes ou encore un accès limité à l'information. À cela s'ajoutent des études parfois réalisées dans une logique administrative, sans suivi rigoureux de leurs recommandations.
Résultat : les communautés concernées peinent à comprendre les enjeux et à défendre leurs droits face aux promoteurs. « Il y a un réel besoin de vulgarisation et de formation. Les femmes doivent pouvoir analyser ces études et s'en servir comme outil de plaidoyer », souligne Babacar Diouf, géographe environnementaliste et spécialiste du suivi des projets financés par des institutions internationales.
L'atelier avait pour ambition de combler ce déficit. Il a permis aux participantes de se familiariser avec les différentes étapes du processus EIES, de développer leur capacité d'analyse critique et de renforcer leurs stratégies de plaidoyer. Les échanges ont également porté sur des cas concrets, notamment les projets énergétiques à Bargny et Malicounda, le Train express régional (TER) ou encore le projet gazier GTA à Saint-Louis, souvent cités comme des « points chauds » en matière d'impacts sociaux et environnementaux.
Présent à la rencontre, le directeur régional de l'Environnement et des Établissements classés de Dakar, Abdourahmane Ndour, a rappelé que les projets sont encadrés par un processus strict. De l'identification du site à la validation sociale, en passant par la réalisation des études par des cabinets agréés et leur examen par un comité technique, chaque étape vise, selon lui, à garantir la protection des populations et de l'environnement. « Aucun projet ne peut démarrer sans certificat de conformité environnementale. Les populations sont consultées et l'État veille au respect des lois et règlements », a-t-il insisté.
Malgré ce dispositif, les tensions entre communautés, autorités et porteurs de projets persistent. Pour l'administration, certaines incompréhensions ou revendications excessives alimentent les conflits. Pour la société civile, les problèmes tiennent davantage à un déficit de transparence, à la faiblesse du suivi et à une participation jugée insuffisante. Dans ce contexte, le renforcement des capacités des communautés apparaît comme une voie essentielle pour rééquilibrer les rapports. Au-delà des aspects techniques, la question des EIES renvoie à un enjeu plus large : celui de la justice environnementale et sociale.
Yandé Diop
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