Salaires dérisoires et violences cachées : Le combat pour la dignité des domestiques à Dakar
Organisé dans le cadre du projet MOCODOM par le Groupe pour l’étude et l’enseignement de la population (GEEP), en partenariat avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD), l’événement, intitulé « Emploi domestique au Sénégal : Enjeux, défis, et perspectives pour un travail décent », vise à amorcer un dialogue sectoriel afin d’améliorer concrètement les conditions de vie et de travail des « gens de maison ».
Pour Mélanie Jacquemin, sociologue et chercheuse à l’IRD, le profil type du travailleur domestique n’existe pas. « Il faut condamner les abus, lutter pour des droits, mais aussi valoriser les situations où cela se passe bien », a-t-elle expliqué, soulignant que c’est un secteur où « tous les abus sont possibles » faute de protection sociale et de régulation concrète.
Elle a insisté sur la nécessité de faire prendre conscience des violences, y compris « symboliques » ou « douces ». « Crier sur une personne toute la journée est une forme de violence, même si on ne la frappe pas. Les violences basées sur le genre sont nombreuses, mais les femmes n’ont souvent pas la force de s’exprimer », a-t-elle déclaré.
La sociologue a également dénoncé l’invisibilité du secteur : « Au sein des centrales syndicales, les syndicats de domestiques sont en bas de l’échelle. Dans les médias, on n’en parle que pour dénoncer les pires situations. On rend cette réalité invisible. »
Prenant part à la réunion, Coumba Sagna, inspectrice du travail, a indiqué que le problème n’est pas l’absence de textes. « Il y a bien un cadre juridique qui régule le travail domestique. De la Constitution jusqu’à l’arrêté ministériel, tous les textes qui prévoient la protection du travailleur, le droit au congé, à la maternité, au salaire, sont applicables », a-t-elle rappelé.
Elle a fait savoir que malgré la non-ratification de la Convention 189 de l’OIT sur les travailleurs domestiques par le Sénégal, la majorité des dispositions sont déjà appliquées : affiliation à la Caisse de sécurité sociale, à l’IPRES, droit syndical, congé annuel, protection de la maternité. « Le contenu de la Convention 189, le Sénégal est déjà en train de l’appliquer », a-t-elle assuré.
Elle appelle les syndicats à sensibiliser les travailleuses : « Vous avez droit à un contrat écrit, à l’affiliation à l’IPRES. Si ce n’est pas fait, saisissez l’inspection du travail. »
Mbène Seck, membre du Mouvement africain des enfants et jeunes travailleurs, a toutefois dénoncé un décalage : « Ils disent qu’il y a des arrêtés et des conventions, alors que nous, on ne s'y sent pas représentés. On ne nous implique pas », a-t-elle martelé.
Selon elle, le quotidien des domestiques est marqué par les violences : verbales, physiques, psychologiques, sexuelles, ainsi que par les harcèlements et les menaces.
Malgré le faible taux de rémunération (entre 20 000 et 45 000 FCFA), elle a également évoqué les retenues sur salaire : « On coupe ton salaire parce que tu étais malade ou parce que tu as cassé une tasse. Les employeurs ne connaissent pas les accidents de travail », a-t-elle lancé.
Mbène Seck a aussi souligné le non-respect des contrats par les employeurs : « Les Sénégalais lambda ne respectent pas les contrats. Ce sont surtout les étrangers qui les respectent. Tout ce qui les intéresse, c’est qu’on vienne faire le travail et qu’on parte. »
Khadijatou Sam, analyste de programme au PNUD, a rappelé l’importance économique et sociale du secteur. Selon elle, au moins 250 000 travailleurs évoluent dans ce secteur « informel et invisible ».
« Un chiffre sous-estimé, pourtant, ce métier est un "tremplin". Il permet à d’autres personnes d’aller travailler parce que quelqu’un s’occupe des tâches à la maison », a-t-elle insisté. Elle a précisé que « 80 % à 90 % des travailleurs domestiques sont des femmes ».
Mme Sam a également alerté sur les abus que subissent les « gens de maison » : violences basées sur le genre, accusations de vol et licenciements arbitraires. « C’est une question de responsabilité sociale et de dignité », a-t-elle argué.
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