Calendar icon
Friday 15 May, 2026
Weather icon
á Dakar
Close icon
Se connecter

Sur l’île de Gorée, les voix panafricanistes réclament justice et réparations pour les crimes coloniaux

Auteur: Seneweb-News

image

Sur l’île de Gorée, les voix panafricanistes réclament justice et réparations pour les crimes coloniaux

Le 9 mai dernier, l’île de Gorée a accueilli une table ronde consacrée à la question des réparations liées aux crimes coloniaux et néocoloniaux commis en Afrique. Organisée par le Mouvement international pour les réparations (MIR) et Africa First, la rencontre, placée sous le thème « Justice et réparations », a réuni des universitaires, militants panafricanistes, représentants associatifs et de nombreux jeunes Sénégalais autour d’un débat devenu central dans plusieurs pays africains.

Au cœur des discussions figurait la nécessité pour le Sénégal et les États africains de porter officiellement des demandes de réparations à l’encontre de la France pour les crimes liés à l’esclavage, à la colonisation et au néocolonialisme, notamment le massacre de Thiaroye du 1er décembre 1944.

Cette rencontre intervient dans un contexte particulier marqué par l’adoption, à la fin du mois de mars, d’une résolution de l’ONU portée par le Ghana reconnaissant l’esclavage et le colonialisme comme parmi les crimes les plus graves contre l’humanité. Les intervenants ont toutefois estimé que cette avancée diplomatique devait désormais déboucher sur des actions concrètes afin d’éviter qu’elle ne reste symbolique.

Le choix de Gorée comme lieu de la conférence revêtait également une forte portée symbolique. L’île demeure l’un des principaux symboles de la traite négrière sur la côte ouest-africaine entre le XVe et le XIXe siècle.

Parmi les principaux intervenants figuraient Dr Dialo Diop, vice-président du Pastef chargé du panafricanisme et conseiller spécial du président de la République, Saliou Diop, enseignant-chercheur et sociologue panafricaniste, ainsi que l’historien Mouhamed Goloko, natif de Thiaroye.

Lors de son intervention, Mouhamed Goloko a estimé que le Sénégal devait impérativement constituer un dossier complet recensant l’ensemble des injustices subies depuis l’esclavage jusqu’au néocolonialisme afin d’engager un véritable processus de réparation avec la France.

« Il faut essayer de répertorier l’ensemble des injustices qui ont été subies par le Sénégal dans le cadre de l’esclavage, de la colonisation et du néocolonialisme », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de restaurer « une vérité historique » et de rendre leur dignité aux victimes africaines du système colonial.

L’historien a également insisté sur la nécessité de déconstruire les récits hérités de la période coloniale afin de promouvoir une histoire écrite « par des Africains et pour les Africains ». Évoquant Thiaroye, il a dénoncé ce qu’il qualifie de « mensonge d’État » autour du massacre perpétré par les autorités françaises.

Le massacre de Thiaroye reste l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire coloniale française en Afrique. En novembre 1944, des tirailleurs africains revenus de la Seconde Guerre mondiale réclamaient le paiement de leurs soldes impayées après avoir combattu pour la France. Face à leur contestation, les forces françaises avaient ouvert le feu sur eux dans le camp de Thiaroye, près de Dakar. Le nombre exact de victimes demeure inconnu. Les autorités françaises évoquent plusieurs dizaines de morts, tandis que de nombreux chercheurs estiment que le bilan réel pourrait atteindre plusieurs centaines de victimes africaines.

De son côté, Saliou Diop a insisté sur la nécessité d’adopter une approche juridique et collective à l’échelle panafricaine. Il a rappelé la récente décision d’un tribunal parisien condamnant l’État français pour avoir dissimulé les circonstances de la mort d’un tirailleur africain lors du massacre de Thiaroye.

Selon le chercheur, la France continue de refuser un véritable dialogue sur les réparations et la reconnaissance des responsabilités historiques. Il a appelé les États africains à saisir les juridictions africaines et internationales afin de construire un rapport de force susceptible de faire avancer le dossier.

« Avant même de parler de réparation ou de justice, il faut qu’ils puissent reconnaître », a affirmé Saliou Diop, plaidant pour la constitution d’un solide dossier juridique appuyé sur des archives et des preuves historiques.

Les intervenants ont également dénoncé l’attitude des anciennes puissances coloniales lors du vote de la résolution onusienne, rappelant que la France avait choisi de s’abstenir. Pour eux, cette position illustre une réticence persistante à reconnaître les crimes du passé et à engager un dialogue sérieux sur les réparations.

Dialo Diop a pour sa part critiqué ce qu’il considère comme l’hypocrisie d’un État français se présentant comme défenseur des droits humains tout en portant l’héritage de crimes coloniaux. Il a également dénoncé la perte de crédibilité des institutions internationales face à ces questions historiques.

Les participants ont unanimement souligné que le massacre de Thiaroye ne devait pas être considéré uniquement comme une affaire sénégalaise. Les tirailleurs tués en 1944 venaient de plusieurs territoires africains, ce qui impose selon eux une approche continentale de la mémoire et des réparations.

Pour Mouhamed Goloko, la résolution portée par le Ghana constitue ainsi « un début » qui doit désormais être prolongé par une mobilisation collective des États africains. Selon lui, aucune nation africaine ne dispose seule du poids diplomatique nécessaire pour imposer cette bataille mémorielle et judiciaire face aux anciennes puissances coloniales.

La rencontre de Gorée s’est finalement imposée comme une nouvelle étape dans la montée des revendications panafricaines autour des réparations. Entre travail de mémoire, exigences de justice et volonté de réécriture de l’histoire africaine, les participants ont affirmé leur volonté de transformer les débats symboliques en actions politiques et juridiques concrètes.

Auteur: Seneweb-News
Publié le: Lundi 11 Mai 2026

Commentaires (5)

  • image
    Oustaz lombaire il y a 3 jours
    Dr Dialo Diop, vice-président du Pastef chargé du panafricanisme et conseiller spécial du président de la République..un mot sur les guenons et les noirauds ? Termes chers à son maittre, client de bordels !!
  • image
    Bizarre il y a 3 jours
    En quoi l'esclavage concerne-t-il les africains d'aujourd'hui puisque les descendants d'esclaves sont de l'autre côté de l'atlantique (afro-americains, antillais...)? C'est comme sinle Japon demandait dédommagement pour les bombes atomiques ou la france à l'allemagne pour avoir detruit presque toutes les villes du pays durant la seconde guerre mondiale. Vraiment africains on passe pour des gens qui vivent dans le passé et se victimisent.
  • image
    Noir digne il y a 3 jours
    @Bizarre  C'est ça, demander des dédommagements pour nos frères de l'autre côté.
  • image
    Leur choix il y a 3 jours
    @Noir digne  ca ne nous regarde pas. ils sont assez grands pour faire leurs choix et ne nous ont pas attendus. ils agissent sur place et il y a déjà des dédommagements. et puis que ce soit les afro-americains ou les antillais ils n'ont respectivement soit pas demandé soit refusé l'indépendance.
  • image
    Humain il y a 3 jours
    Les juifs ont réclamé et grassement obtenu gain de cause, mais pour les africains, vous verrez des negres de service s'opposer radicalement à toute répartition pour les crimes odieux de la France.
  • image
    Quoi ? il y a 3 jours
    Les juifs ?? Non. Ils n'ont rien réclamé et rien obtenu. C'est uniquement les africains qui demandent de l'argent en faisant les victimes.
  • image
    Diambar il y a 3 jours
    Encore une façon de nous ralentir sur nos objectifs. Voici des choses qui nous retardent et laissent encore derrière le peloton.
  • image
    Abdoul il y a 3 jours
    Que devrions nous demander aux arabes pour la colonisation de l'Afrique pendant 12 siècles ? N'ont ils pas violés les femmes et coupé les couilles de nos ancêtres ? Faudrait aussi leur réclamer de l'argent
  • image
    Normal il y a 3 jours
    Pourquoi l’Afrique devrait elle renoncer aux réparations alors que la France deux cents ans après l’esclavage a continué à percevoir de Haïti les réparations que ce pays a été obligé de verser à la France pour dédommager les planteurs esclavagistes comme manque à gagner parce que les esclaves s’étaient révoltés pour arracher leur indépendance.
  • image
    Revois il y a 3 jours
    Revois l'histoire. Pas 200 ans

Participer à la Discussion

Règles de la communauté :

  • Soyez courtois. Pas de messages agressifs ou insultants.
  • Pas de messages inutiles, répétitifs ou hors-sujet.
  • Pas d'attaques personnelles. Critiquez les idées, pas les personnes.
  • Contenu diffamatoire, vulgaire, violent ou sexuel interdit.
  • Pas de publicité ni de messages entièrement en MAJUSCULES.

💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.