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Biens mal acquis - « Je suis étonné que diverses associations pointent du doigt l’Afrique systématiquement» ( Jacques Godfrain)

Auteur: Les Afriques

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Dans son numéro 139, Les Afriques abordait la question des « biens mal acquis » et aussi dans un article, « Foccart et les autres », les relations complexes entre le continent africain et la France. Dans cette interview de Jacques Godfrain, ministre de la Coopération de 1995 à 1997 dans le gouvernement d’Alain Juppé, nous revenons sur les réalités des rapports complexes entre la France et l’Afrique. Voici ce qu’en pense un des protagonistes de cette époque, qui exerça, entre autres responsabilités, celle de secrétaire national au sein de l’UMP chargé de l’Afrique à la fédération des Français de l’étranger, auteur de L’Afrique notre avenir.

Les Afriques : Monsieur le Ministre, à la lumière de votre expérience politique, voyez-vous une rupture dans la conduite ou les habitudes des relations France-Afrique entre le président Jacques Chirac et le président Sarkozy et, si oui, où la situez-vous ?

Jacques Godfrain : Des indépendances des années 60 à aujourd’hui, il y a toujours eu des évolutions dans les rapports entre l’Afrique et la France, et c’est bien normal. D’abord, parce que les peuples changent, s’ouvrent au monde, que des nouvelles générations arrivent aux responsabilités publiques et privées. Qui imaginait, au jour des indépendances, que la France du général de Gaulle ferait prendre en compte les intérêts Africains par l’Europe, que des accords commerciaux fondamentaux, comme ceux de Lomé, modifieraient la donne économique : personne. Qui imaginait la dévaluation du CFA sous le Premier ministre Balladur, on la savait difficile et elle le fut, mais elle a été décidée. Qui imaginait que la France ne bougerait pas du fait de la cohabitation, lors de l’éviction du président Bédié : personne ! Aujourd’hui, la mondialisation est totale et des pays s’intéressent nouvellement à l’Afrique, ce qui n’était pas le cas il y a encore cinq ou six ans. Donc oui, la politique de la France prend en compte ces changements mondiaux, par nécessité et volonté des pouvoirs publics.

« C’est une tache qui obscurcit le paysage et nul ne comprend la grave responsabilité que prend Laurent Gbagbo, qui, je le rappelle, était un dirigeant non élu depuis de longues années. »

LA : Dans un jugement récent de la Chambre criminelle de la Cour de cassation, il est désormais possible de poursuivre pour biens mal acquis en France, les présidents Sassou Nguesso, feu Omar Bongo et, enfin, Téodoro Mbasogo de la Guinée équatoriale ; que vous inspire cette direction nouvelle de la justice en France, mais aussi en Europe ?

JG : Je suis étonné que diverses associations aient un regard sélectif et pointent du doigt l’Afrique systématiquement, certains chefs d’Etat et pas d’autres ; le parc immobilier de Paris, notamment hôtelier de grand luxe, ou les villégiatures de la Côte d’Azur, me semblent relever de propriétaires qui ne sont guère Africains. Le silence les concernant m’étonne ; et puis, un jour, rien n’empêchera une association africaine de poser des questions sur les ressources de certains « chevaliers blancs ». Bien sûr, je condamne véhémentement les biens acquis malhonnêtement partout et par quiconque, mais pourquoi être sélectif ? Si la probité triomphe, tant mieux, mais l’équité devrait aussi l’accompagner.

LA : Environ 2,2 millions de Français sont établis à l’étranger et douze sénateurs les représentent ; comment se répartissent-ils géographiquement et y a-t-il eu des modifications dans cette répartition ?

JG : Oui, la situation des Français de l’étranger a évolué. L’image qu’ils ont parfois est inexacte quand on les dépeint riches et arrogants. En fait, ils sont l’inverse, car ils sont plus préoccupés de leur avenir matériel que de dépenser l’argent qu’ils ont souvent difficilement gagné. Leurs problèmes de retraite, de sécurité sociale, d’éducation des enfants, leur procurent beaucoup plus d’inquiétudes que de certitudes et le travail de leurs délégués, sénateurs et futurs députés, doit, ou devra être, largement pris en compte par les gouvernants.

LA : Sans que cela vaille jugement, quel est l’homme politique africain pour lequel vous avez eu le plus d’admiration ou de complicité ?

JG : J’ai senti chez chacun d’entre eux le sens de la responsabilité et si j’en citais un, ce serait injuste pour les autres. Par contre, je n’oublierai jamais la manière d’expliquer la filière coton au Sahel par un délégué du personnel d’une entreprise cotonnière importante. Ce fut un grand moment de complicité, d’autant plus que je suis un adepte de la participation dans l’entreprise.

LA : Les récents développements des élections présidentielles en Côte d’Ivoire peuvent une nouvelle fois créer des conditions dangereuses dans la région ; que pensez-vous des chances pour l’Afrique du Sud à trouver une solution pour sortir de cette impasse ?

JG : Au moment où je réponds à votre question, la Côte d’Ivoire est toujours dans l’impasse et la communauté internationale perplexe. Aux portes de la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso vient de voter librement, la Guinée vient aussi de le faire. Comment se fait-il que ce pays, longtemps phare économique et politique de l’Afrique, puisse en être arrivé là ? C’est une tache qui obscurcit le paysage et nul ne comprend la grave responsabilité que prend Laurent Gbagbo, qui, je le rappelle, était un dirigeant non élu depuis de longues années.

Auteur: Les Afriques
Publié le: Jeudi 20 Janvier 2011

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