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"L'influence française appartient au passé" : Macron face au mur du sentiment anti-français au Kenya

Auteur: Binta SEYDI

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"L'influence française appartient au passé" : Macron face au mur du sentiment anti-français au Kenya

À situation désespérée, mesures désespérées : c'est le cas du président français Emmanuel Macron, qui ne dispose d'aucune présence permanente ni en Afrique de l'Ouest ni en Afrique centrale. Il se rend au Kenya pour le premier sommet « Africa Forward » réunissant les pays africains anglophones.

L'ancienne puissance coloniale, qui n'a aucune présence permanente ni en Afrique de l'Ouest ni en Afrique centrale, devrait participer à ce sommet placé sous le thème « Africa Forward ». 

La France participe au sommet Afrique-France de cette année non plus en tant que partenaire puissant, mais en tant que pays perdant rapidement pied en Afrique. Son emprise sur le continent s'amenuise — en particulier au Sahel — et elle jouit de peu de légitimité dans l'Afrique d'aujourd'hui.

« La belle rhétorique française de la « coopération mutuelle » et du « développement partagé » ne cache plus son ambition impitoyable de s’associer à l’Afrique uniquement pour l’extraction des ressources et la présence géopolitique. Il y a peu de respect pour la souveraineté de l’Afrique. »

« La France tente désespérément de redéfinir ses engagements en Afrique afin de délocaliser ses bases militaires et de poursuivre sa quête brutale de minerais stratégiques – non par amour ou par respect pour le bien-être de l’Afrique ou des Africains », selon l’auteur et analyste politique Kim Heller.

Alors que ce sommet se poursuit, les dirigeants africains doivent rester vigilants, a déclaré M. Heller, ajoutant que « l’empreinte de la France sur le continent reste marquée par la coercition, le pillage économique et la suppression structurelle de l’autodétermination africaine. Elle continue d’appliquer la même stratégie depuis l’ère post-indépendance ».

« L'influence de la France s'affaiblit sur le continent et à l'échelle mondiale. Il est impératif que les dirigeants africains cessent d'être les pions dans les jeux impérialistes des nations étrangères et commencent à définir le terrain de jeu, les règles et les résultats souhaités. Si la France ne peut se plier aux principes d'équité et de respect de la souveraineté africaine, elle ne devrait pas être un partenaire de choix. »

« Les dirigeants africains doivent prendre les devants », a-t-elle ajouté.

La France a perdu de son influence tant sur le plan économique que militaire au fil des ans : l'Afrique ne représente plus que 1,9 % de son commerce extérieur, 15 % de son approvisionnement en minerais stratégiques et 11,6 % de son approvisionnement en pétrole et en gaz.

Pour aggraver les choses, les deux principaux partenaires commerciaux de la France en Afrique subsaharienne sont le Nigeria et l'Afrique du Sud, d'anciennes colonies britanniques qui n'ont jamais accueilli de base militaire française.

Macron ayant retiré l’invitation de l’Afrique du Sud au sommet du G7 prévu en juin en France au profit du Kenya, le président Cyril Ramaphosa devrait faire l’impasse sur le prochain sommet de Nairobi. 

Lors de ce sommet, l’ambassadeur de France au Kenya, Alexis Lamek, a admis que le sommet devait aborder les questions de restitution et de réparations, qui sont au cœur de l’agenda de l’Union africaine. 

En 2024, les troupes françaises ont quitté le Sénégal à la fin de l’année 2025, mettant fin à 65 ans de présence de l’armée française dans ce pays. Ce retrait fait suite à d’autres départs similaires à travers le continent, les anciennes colonies tournant de plus en plus le dos à la nation qui les a autrefois gouvernées.

Le retrait de la France du Sénégal est également intervenu alors que la région du Sahel était marquée par un sentiment anti-français grandissant. Les changements politiques survenus au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont aggravé la situation pour la domination néocoloniale française dans les pays du golfe de Guinée.

Après avoir obtenu son indépendance en 1960, le Sénégal est devenu l’un des alliés africains les plus fidèles de la France, accueillant des troupes françaises tout au long de son histoire. Après avoir remporté une victoire écrasante aux élections de 2024 en promettant un changement radical, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a exigé que la France retire ses soldats au plus tard 2025.

Mais ce n’est pas tout : Faye a également exigé que la France présente des excuses pour les atrocités coloniales, notamment le massacre, le 1er décembre 1944, de dizaines de soldats africains qui avaient combattu pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le vent du changement souffle sur l’Afrique, où des gouvernements progressistes remettent de plus en plus en cause la présence militaire française, contraignant Paris à fermer ou à réduire les effectifs de ses bases dans son ancien empire.

En février de l’année dernière, la France a restitué sa seule base restante en Côte d’Ivoire, mettant fin à des décennies de présence française dans ce pays.

Le mois précédent, la France avait cédé la base de Kossei au Tchad, son dernier bastion militaire dans la région du Sahel.

Les coups d’État survenus au Burkina Faso, au Niger et au Mali entre 2020 et 2023 ont propulsé au pouvoir des hommes forts issus de l’armée. Leurs gouvernements ont, à eux tous, expulsé 4 300 soldats français. Ces trois pays ont rompu leurs liens avec la France et se sont tournés vers la Russie pour obtenir de l’aide dans la lutte contre les troubles qui secouent le Sahel depuis une décennie.

La République centrafricaine, également ancienne colonie française, a de même exigé le retrait des Français.

Entre-temps, l’armée française a transformé sa base au Gabon en un camp partagé avec son hôte centrafricain.

Seule la minuscule Corne de l’Afrique, Djibouti, abritera une base militaire française permanente après le retrait. La France a l’intention de faire de cette base, qui compte environ 1 500 personnes, son quartier général militaire pour l’Afrique.

Selon Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales et expert de l’Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale, il est important de distinguer les pays qui ont choisi de rompre leurs accords de coopération militaire avec Paris (comme le Tchad et le Sénégal) de ceux qui ont simplement fermé leurs bases militaires tout en maintenant la coopération militaire (comme la Côte d’Ivoire).

« L'annonce de la fermeture de bases par les dirigeants africains, plutôt que par Paris, symbolise un rejet de la politique française. Cela marque une perte d'influence significative pour la France dans les pays concernés », explique M. Vircoulon.

Macron contraint de s'adapter

Dans un discours prononcé à Ouagadougou en 2017, Macron avait déclaré que la politique française envers l’Afrique avait connu un changement fondamental, affirmant qu’« il n’y a plus de politique française pour l’Afrique ». Il avait ajouté que la France « recherchait des partenariats qui ne reposaient pas principalement sur des liens historiques ou linguistiques et ne donnaient pas automatiquement la priorité aux pays francophones ».

« Nous avons revu, à juste titre, nos bases militaires. Nous avons supprimé la composante militaire qui n’était plus comprise par les pays et par les jeunes générations », tout en reconstruisant des partenariats « pertinents », notamment au Bénin. »

Beaucoup en Afrique ont déclaré que ce n’était pas vrai de dire que c’était la France qui avait décidé de se retirer. La France a été contrainte de s’adapter à de nouvelles réalités.

La France cherche à étendre ses relations avec les pays africains anglophones, s’éloignant ainsi de ses partenaires francophones traditionnels.

« Cette évolution est motivée à la fois par des considérations politiques, mais surtout par la volonté de gagner des parts de marché et d’apporter une valeur ajoutée à l’économie française », selon Seidik Abba, universitaire nigérien spécialiste du Sahel, qui conteste l’idée selon laquelle la France serait à l’origine de ces changements.

L’analyste en sécurité Emmanuel Dupuy le dit plus crûment lorsqu’il affirme : « La France est très mal équipée – voire complètement désarmée – pour être crédible dans cette région du monde. »

La politique africaine de Macron fait l'objet de critiques en raison de sa réponse inégalitaire aux coups d'État militaires.

Dans une récente tribune publiée dans le journal béninois La Nouvelle Tribune, l'auteur a accusé Macron de faire deux poids deux mesures en adoptant une ligne dure à l'égard des juntes au Mali, au Burkina Faso et au Niger, tout en se montrant plus conciliant envers les auteurs de coups d'État au Gabon, en Guinée et au Tchad. Selon lui, cette approche sélective de la France sape son discours démocratique et attise le sentiment anti-français.

Dupuy reconnaît ce double standard, mais fait valoir que tous les coups d’État ne doivent pas être traités de la même manière.

Il suggère que la succession de Mahamat Déby au Tchad en 2021 était un transfert de pouvoir tacitement toléré par la France, plutôt qu’un putsch, et que les prises de pouvoir militaires au Gabon et en Guinée ont fait suite à des processus électoraux profondément contestés plutôt qu’à des ruptures explicites avec Paris.

Alors que la France est « en phase de déclin » sur le continent africain, Macron profitera certainement du sommet de Nairobi pour mener ce qu’il a qualifié de « bataille des récits ».

« Nous ne devons pas perdre cette bataille », a déclaré Macron, ajoutant que les intérêts français étaient également défendus en luttant contre la désinformation et en répondant aux accusations selon lesquelles la France représenterait une nouvelle puissance coloniale. Selon lui, ces récits s'appuient souvent sur un discours « anticolonial », « anti-européen » et « anti-français » et nécessitent une réponse plus ferme.

Quels que soient les projets de Macron à Nairobi, l'idée d'une influence française dominante appartient désormais au passé. 

Auteur: Binta SEYDI
Publié le: Lundi 04 Mai 2026

Commentaires (7)

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    gérard il y a 1 jour
    Ouattara est toute les semaines à Paris. Sonko-Diomaye avaient pleurniché pour que Paris interviennent. La France met avant les plus médiocres pour qu'ils servent d'exemples.Une majorité est aliénée peu instruite qu'ils jouent contre leur camps sans s'en rendre compte
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    Xeme il y a 1 jour
    .Rappelez-vous, puisque nous parlons entre africains, ce qui se passe au Mali n'est pas une exception, sauf à être complice de la stratégie française de contrôle de l'Afrique pour ses ressources indispensables à sa vie même. Aimé Cesaire disait que le malheur de l'Afrique c'est d'avoir rencontré la France sur son chemin. Le 21/11/ 2023, le Ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, déclarait à l'Assemblée nationale française : "Le Sénégal va bientôt devenir un pays producteur de pétrole et sera confronté à des risques terroristes importants". Dans sa stratégie en Afrique, la France, exactement comme Israël, a toujours lié ses intérêts au terrorisme. Cela a toujours été des menaces qui ne sont voilées que par les médias, les trolls et les idiots utiles de la France. Avant les attentats Charlie, la France avait reconnu la Palestine à l'UNESCO. Et Netanyahu avait déclaré que la France prenait des risques d'attentats islamistes. Et bizarrement il y eut les attentats islamistes Charlie. Ils ont fait gober à tout un monde qu'il existe des islamistes qui n'aiment pas la Palestine. Et à chaque fois qu'à chaque fois qu'un pays du monde fait gagner quelque chose à la Palestine, ils font un attentat contre ce pays. A chaque fois que des intérêts israéliens ne sont pas soutenus, ils font un attentat islamiste contre le pays qui ne les soutient pas. De la même manière, en Afrique, la France a eu une communication qui a installé dans beaucoup de cerveaux un logiciel qui veut que là où la France est chassée, là où ses intérêts ne sont pas priorités, il y a des djihadistes africains qui vont y perpétrer des attentats pour l'application de la charia. Là où des ressources sont découvertes, des terroristes djihadistes menacent, sauf si l'on fait appel à la France. Quelle bizarre jihad ! Quand on y réfléchit, ce n'est même pas une stratégie intelligemment élaborée. C'est un vrai bouillon pour cons. Si ça marche, si on trouve des gens qui osent le défendre, c'est parce que cela est orchestré dans un très grand brouillard médiatique, dans des conditions où un con peut paraître intelligent. Ce que la France subit d'Israël, elle le fait subir à des africains. Le seul problème c'est qu'on peut trouver un diplômé docteur africain pour vous débiter du "oui, mais, la France est un partenaire traditionnel dont nos intérêts sont liés ". Et il le dit sans honte.
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    Sene il y a 1 jour
    Binta Seydi voudrais faire son mémoire de pigiste un peu nul
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    Réalisme il y a 1 jour
    Pour avoir une relation normale avec les pays Africains surtout ceux qui l’ont chassée de leurs territoires, la France doit faire face à la réalité du monde, à savoir que les choses ont changé et que les menaces, la désinformation, les déstabilisations ne sont plus aujourd’hui les instruments de géopolitique. En Afrique la jeunesse est consciente de l’intérêt et de l’appétit des occidentaux pour leur continent et elle choisit ses partenaires sans autorisation de l’ancien colon qui pense qu’il doit toujours être prioritaire et avoir l’exclusivité des marchés d’où sa frustration et son chantage au terrorisme qu’elle utilise comme arme de dissuasion. Si elle veut rester en Afrique qu’elle s’asseye à la table des affaires Africaines comme n’importe quel partenaire Lambda et que le meilleur l’emporte. La France a manqué de vision en pensant que l’Afrique lui était acquise pour l’éternité, grosse erreur et elle n’a pas fini de se mordre les doigts à cause de son mépris, paternalisme et condescendance vis à vis des Africains depuis qu’elle mis pieds sur le Continent.
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    @Réalisme il y a 1 jour
    Ce n'est plus du réalisme mais du nombrilisme extrême. Voyage un peu et compare. Ainsi tu comprendras.
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    Toto il y a 1 jour
    La jeunesse, j'ai plutôt l'impression qu'elle veut se barrer de son pays pour aller rejoindre un pays occidental
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    Xeme il y a 1 jour
    La France est le seul pays occidental qui n'a aucune solution pour se prendre en charge seule, sans voler le nécessaire à l'Afrique. Mais aussi, la France est dirigée par les politiciens les plus idiots d'Europe, foncièrement incapables de se remettre en cause. Jusque là, ils n'ont pas compris que l'époque de leurs Macky Sall à placer à la tête des pays africains pour vider tout le sang de ces pays pour la France est terminée. Les Macky sont une espèce en voie de disparition de l'Afrique.
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    Vrai il y a 1 jour
    La France est « has been » les partenariats sont à conclure avec la Chine leader dans les nouvelles technologies et championne des voitures électriques ou de la Russie qui a les mêmes ressources naturelles que l’Afrique. On entend jamais parler de l’ingérence des autres anciens empires coloniaux pour la simple raison qu’ils ont tourné la page en se réinventant ce que la France est incapable de faire, pour exister elle doit écraser les plus faibles en les pillant.
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    Djotna1 il y a 18 heures
    Mo! La France esy belle et bien présente en Afrique de l'ouest que ça soit en Côte d'Ivoire avec la base de bouake ou au Bénin avec sa base secrète pour déstabiliser le Niger. En Afrique Centrale elle y est belle et bien présente notamment au gabon. La nouvelle colonie en Afrique de l'est c'est le kenya. Bilaye les kenyans vont bientôt avoir des problèmes.
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    bouillabaise il y a 17 heures
    Quand ils disent quelque chose il faut entendre le contraire... Ils ont besoin d 'argent et leur peuple ne va pas bien , drogue à tous les niveaux décadence. Les seuls pays où ils peuvent faire signer des contrats pourris , vendre plus cher c'est en Afrique où ils ont leurs relais. Ils profitent aussi de la nullité de l'élite

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