L’Afrique face aux dynamiques iraniennes
En 2026, l’Iran et l’Irak, deux pays qui se sont déchirés pendant huit ans (1980-1988) dans une guerre meurtrière, se retrouvent côte à côte dans une alliance géopolitique inattendue : celle de la résistance à l’influence américaine suite aux bombardements conjoints des États-Unis et d’Israël sur des sites iraniens. Ce rapprochement, scellé par des années de tensions avec les États-Unis, interroge : comment des ennemis historiques en arrivent-ils à former un front commun ? Et surtout, que peuvent tirer les pays africains, tiraillés entre les pressions extérieures et leurs propres ambitions ?
L’Irak : terrain de jeu des rivalités
L’Irak, depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, est un État sous influence double : celle de l’Iran, via les milices chiites et les partis politiques, et celle des États-Unis, via leur présence militaire et leurs contrats économiques. Pourtant, depuis 2024, Bagdad a clairement choisi de ne plus être un pion, mais un acteur. Sous la pression des milices pro-iraniennes (comme Kataeb Hezbollah) et après des années de frappes mutuelles, les États-Unis ont commencé à retirer leurs troupes d’Irak en 2025, un processus qui doit s’achever en 2026. Les attaques répétées contre les bases américaines, revendiquées par des groupes soutenus par Téhéran, ont accéléré cette décision. L’Irak, dépendant du gaz iranien et des échanges commerciaux avec son voisin, refuse de se plier aux sanctions américaines contre Téhéran. Les partis politiques irakiens, majoritairement chiites, maintiennent des liens étroits avec l’Iran, malgré les pressions américaines. Dans le contexte de l’agression militaire menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, le Gouvernement régional du Kurdistan a déclaré que : « L’Irak ne sera pas un tremplin pour des attaques contre l’Iran », démontrant la politique de non-alignement de l’Irak, et un soutien affiché à Téhéran.
L’Iran : Résister coûte que coûte
L’Iran, affaibli par des années de sanctions, une guerre éclair avec Israël en 2025, et des protestations internes, a pourtant tenu bon. Son alliance avec l’Irak est désormais vitale. Via Bagdad, l’Iran exporte son pétrole et contourne l’embargo américain. En 2025, les exportations non-pétrolières de l’Iran vers l’Irak et l’Arabie saoudite ont atteint 12,5 milliards de dollars, malgré les sanctions. Les milices irakiennes, comme les Forces de mobilisation populaire (PMF), servent aussi de relais pour le transfert d’armes et d’argents. Face aux frappes américaines et israéliennes, l’Iran mise sur ses proxys : les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban ou encore les milices en Irak, pour épuiser ses ennemis sans engagement direct. L’Iran se tourne vers les BRICS, la Chine, et même l’Arabie saoudite (avec qui il a renoué en 2023) pour dédollariser son commerce et trouver des alliés hors de l’orbite américaine.
L’Afrique face aux dynamiques iraniennes
Ce repositionnement iranien-irakien, souvent présenté comme un modèle de résistance, est tout comme pour de nombreux pays africains confrontés à des choix stratégiques complexes.
L’Iran et l’Irak, malgré leur rapprochement, restent des États fragilisés par des décennies de conflits, de sanctions et d’instabilité interne. En Afrique, des initiatives comme l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) ou le rapprochement avec la Russie s’inscrit dans une logique similaire, engendre une dépendance envers Moscou, isolé sur la scène internationale, exposant ces pays à des risques économiques et sécuritaires majeurs. La Russie, engagée dans une guerre en Ukraine et sous le poids de sanctions internationales, offre peu de garanties de stabilité ou de développement à long terme.
De la même manière, Moscou et Pékin soutiennent Téhéran, mais leur engagement reste calculé et limité. La Chine, par exemple, a critiqué les frappes américaines en 2025, sans pour autant apporter un soutien militaire ou économique significatif à l’Iran. En Afrique, la Russie et la Chine agissent de même : elles promettent des partenariats "sans conditionnalité", mais livrent peu de résultats concrets. Les accords signés avec Moscou se traduisent souvent par l’arrivée de mercenaires (comme le groupe Africa Corps anciennement Wagner), une dette accrue, et une dépendance sécuritaire, sans véritable transfert de technologies ou d’investissements durables.
Pour l’Afrique, la leçon est claire : l’autonomie passe par le refus de servir de pion aux nouvelles puissances.
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