Procès Keur Yeurmandé : 5 ans de prison ferme requis contre Ndella Madior Diouf
Après plusieurs renvois, Ndella Madior Diouf a été jugée ce mardi à la chambre criminelle de Dakar. La propriétaire de la pouponnière Keur Yeurmandé a comparu aux côtés de son assistant Cheikh Tidiane Ndiaye et de l’animateur El Hadji Séne. Les nounous Awa Mbaye, Fanta Cissokho, Anta Sarr et autres, placées sous contrôle judiciaire, n’ont pas comparu à l’audience.
Ndella Madior Diouf est accusée de traite de personnes, exercice illégal de la médecine, privation d’aliments ou de soins ayant entraîné la mort sans intention de la donner, mise en danger de la vie d’autrui, non-assistance à personne en danger, obtention indue de certificat aux fins d’inhumation, infraction aux lois sur les inhumations, homicide involontaire et non-déclaration de naissance. Ses coaccusés sont poursuivis pour complicité.
Habillée d’un grand boubou vert, bonnet noir sur la tête, Ndella Madior Diouf a affiché une mine sereine à la barre, allant même jusqu’à rire devant la chambre. Elle a contesté les crimes retenus contre elle. Revenant sur la création de la pouponnière « SOS Keur Yeurmandé », elle explique avoir été elle-même confrontée à une grossesse avec refus de paternité alors qu’elle était étudiante en 5e année de médecine. « Heureusement, j’ai bénéficié du soutien de ma famille », dit-elle.
Elle raconte ensuite avoir été contactée par une jeune fille via WhatsApp, victime de viol et enceinte. « Elle ne voulait pas que ses parents soient informés. Elle a accouché en août 2022 à l’hôpital régional de Kaolack », a-t-elle expliqué.
Poursuivant, elle affirme qu’après une interview à la RFM sur son projet d’accueil d’enfants, elle a reçu de nombreuses sollicitations : « Mon téléphone n’arrêtait pas de sonner. Je me suis retrouvée avec une soixantaine d’enfants. Les femmes venaient en détresse parce que les pères fuyaient leurs responsabilités. Je leur déconseillais d’avorter. J’acceptais de les accompagner à condition qu’elles abandonnent totalement l’enfant, ou qu’elles versent 2 000 FCFA par jour pour la prise en charge », a-t-elle soutenu.
Ndella Madior Diouf a également indiqué qu’un des enfants a été adopté par Sémou Diop et Mariama Diallo.
« C’est une attaque, j’ai été infiltrée »
Revenant sur la situation de sa pouponnière, Ndella Madior Diouf s’en est prise à l’Ordre des médecins du Sénégal. « L’Ordre des médecins m’a attaquée. Daba Boye est morte à cause d’une erreur médicale à l’hôpital de Rufisque », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « C’est une attaque, un sabotage. J’ai été infiltrée. Même le ministre de la Santé m’a envoyé son chauffeur et son directeur de cabinet avec un téléphone pour visiter Keur Yeurmandé. »
Elle accuse également l’ancienne ministre de la Femme : « C’est le ministère de la Femme, avec le préfet et la direction de la protection de l’enfant, qui a mené l’opération. Après mon arrestation, ils ont réalisé une vidéo sale. Ils ont récupéré 48 bébés », a-t-elle affirmé.
Le juge lui a rappelé que des rapports médicaux établis en octobre 2023 faisaient état de diarrhées et de vomissements chez plusieurs enfants. Ndella Madior Diouf a rejeté ces conclusions : « Ce rapport a été fait pour influencer le juge. Le premier enfant décédé, Mouhamed Konté, souffrait de diarrhée. Il y a eu un retard dans la prise en charge. Je dégage ma responsabilité », a-t-elle soutenu.
Sur l’exercice illégal de la médecine, elle s’est défendue : « Je suis étudiante en médecine, mais je n’ai pas encore soutenu ma thèse. Les étudiants en 5e année peuvent disposer d’un cachet et prescrire des ordonnances », a-t-elle affirmé.
Elle a conclu : « J’ai sauvé une soixantaine de bébés avec fierté. Je n’ai commis aucune négligence. Certains décès sont liés à un manque de place à l’hôpital Albert Royer. »
Entendus, Cheikh Tidiane Ndiaye et El Hadji Séne ont nié toute implication, affirmant qu’ils travaillaient uniquement à la radio.
Dans ses observations, le procureur de la République a rappelé que Ndella Madior Diouf demandait une contribution financière aux mères, à défaut de quoi elle gardait les enfants. Pour le ministère public, sa défense est inadaptée : « Ce n’est pas parce qu’on a vécu une situation difficile qu’on peut poser des actes hors la loi », a martelé le procureur.
Le parquet a requis l’acquittement pour la traite de personnes, faute d’éléments constitutifs, ainsi que pour la privation d’aliments et les infractions aux lois sur les inhumations. En revanche, il a requis une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme assortie d’une amende d’un million de FCFA pour exercice illégal de la médecine, homicide involontaire, non-assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d’autrui.
Pour les autres prévenus, le procureur a requis trois mois ferme pour non-assistance à personne en danger.
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