Paradoxes du nouveau gouvernement : Sonko contrôle-t-il réellement les cadres de Pastef ?
La composition du nouveau gouvernement dirigé par Ahmadou Alamine Mohamed Lo a réservé plusieurs surprises, lundi soir, quelques minutes seulement après l’annonce par le président de Pastef, Ousmane Sonko, de la non-participation de son parti à la nouvelle équipe gouvernementale.
Dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux, le leader des Patriotes a révélé qu’un long entretien s’était tenu dans la matinée avec le président de la République, Bassirou Diomaye Faye. « Des convergences ont certes été confirmées, mais aussi et surtout des points de désaccord », notamment sur « la place et le rôle de la majorité dans le dispositif exécutif », a-t-il expliqué.
Selon Ousmane Sonko, de nouvelles propositions formulées par les instances du parti ont ensuite été soumises au chef de l’État, sans suite favorable. « En conséquence, Pastef - Les Patriotes ne participera pas au prochain gouvernement et n’y sera représenté par aucun ministre », a conclu le communiqué.
Une déclaration qui a rendu d’autant plus surprenante la lecture de la liste gouvernementale publiée dans la foulée et suscité de nombreuses interrogations sur le leadership du désormais ex-Premier ministre. En d’autres termes, Ousmane Sonko contrôle-t-il réellement tous les cadres de son parti ?
Parmi les personnalités nommées figure en effet Marie-Angélique Mame Selbé Diouf, cadre influente de Pastef, désignée ministre de la Famille et des Solidarités. Élue députée sur la liste nationale du parti lors des dernières législatives, où elle occupait la quatrième position parmi les titulaires, elle est actuellement vice-présidente du groupe parlementaire Pastef à l’Assemblée nationale. Elle exerce également les fonctions de vice-coordonnatrice nationale du Mouvement des jeunes et des femmes de Pastef (Mojip) pour la zone de Dakar.
Autre personnalité identifiée au parti présidentiel, le député Abdou Khadre Ndiaye hérite du stratégique ministère des Transports terrestres et aériens. Élu sur la liste départementale de Louga et membre de la Commission des affaires étrangères, des Sénégalais de l’extérieur et de l’intégration africaine, il s’était illustré ces derniers mois par des prises de position ayant suscité des débats au sein de Pastef. Après le renvoi pour seconde lecture de la loi modifiant le Code électoral par le président Diomaye Faye, il avait notamment évoqué un « manque de rigueur », dans une sortie qui avait alimenté la controverse au sein de la formation politique.
Yankoba Diémé, coordonnateur de Pastef à Bignona et considéré comme l’un des proches les plus fidèles d’Ousmane Sonko, conserve pour sa part une place de choix au sein de l’Exécutif. Mieux, il gagne en influence en quittant le portefeuille des Infrastructures, des Transports terrestres et aériens pour prendre la tête du ministère des Forces armées, l’un des départements les plus stratégiques du gouvernement.
Au même moment, Alioune Dione (Microfinance) et Moussa Bala Fofana (Collectivités territoriales) sont également reconduits dans le gouvernement.
Quant à Bakary Sarr, il est passé de Secrétaire d’État à la Culture, aux Industries créatives et au Patrimoine historique au poste de ministre de la Communication et des Relations avec les Institutions, également porte-parole du gouvernement.
La présence de ces responsables dans l’attelage gouvernemental contraste avec la ligne politique réaffirmée par Ousmane Sonko quelques minutes avant la publication officielle de la liste.
"Je poursuis avec détermination la mission qui m’est confiée, au service du Sénégal, en faveur d’une microfinance inclusive et d’une économie sociale et solidaire forte", a par exemple réagi Alioune Dione aussitôt après sa nomination. Qui ajoute : "Conformément à ma philosophie d'empathie, et mon sens élevé de la responsabilité et du patriotisme, je veillerai à toujours être une aiguille qui unit tout au long de ma mission".
APTE, un avenir en pointillé
Du côté des alliés de Pastef, également membres de la coalition Apte (Alliance patriotique pour le travail et l’éthique), la continuité domine. Ce qui suscite des interrogations sur l'avenir de cette plateforme mise à rude épreuve. Cette alliance, mise en place parallèlement à la Coalition Diomaye Président contrôlée par le chef de l'État, est perçue comme un bouclier "sans faille" au leader du parti Pastef, décrit comme « l’homme le plus attaqué » de la scène politique sénégalaise.
« Ousmane Sonko a osé faire ce que beaucoup n’osent pas », avait notamment lancé la coordonnatrice Aïda Mbodj, forte de sa longue expérience politique qui lui a successivement valu d’exercer au sein d’un gouvernement, de s’y opposer et désormais d’en accompagner un.
Aujourd'hui, plusieurs figures de la coalition conservent leurs portefeuilles ministériels, notamment Didier Fall, Cheikh Tidiane Dièye et Moustapha Guirassy. Ancien candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2024, Cheikh Tidiane Dièye avait été considéré comme l’un des principaux « plans B » d’Ousmane Sonko dans l’hypothèse où ce dernier serait empêché de se présenter.
Le maintien de ces responsables au sein du gouvernement témoigne de la volonté du président Bassirou Diomaye Faye de préserver certains équilibres politiques au sein de sa majorité, malgré les divergences désormais affichées avec la direction de Pastef sur la question de la participation gouvernementale.
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