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Transmission volontaire du VIH : et si l’on se penchait sur la problématique de santé publique et la loi

Auteur: Yandé Diop

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Transmission volontaire du VIH : et si l’on se penchait sur la problématique de santé publique et la loi

L’affaire impliquant l’animateur Pape Cheikh Diallo et plusieurs autres personnes, poursuivies notamment pour transmission volontaire du VIH et mise en danger de la vie d’autrui, remet au centre du débat une question sensible. Il s’agit de la lutte contre le VIH au Sénégal, à la croisée des enjeux de santé publique, de droits humains et de justice pénale.

Les médias parlent d’une douzaine de personnes soupçonnées d’entretenir des relations sexuelles non protégées tout en étant porteuses du virus. L’enquête judiciaire en cours relance ainsi les interrogations sur la propagation du VIH, particulièrement au sein des populations dites « clés », considérées par les spécialistes comme des passerelles importantes dans la dynamique de transmission du virus.

Des populations clés au cœur de l’épidémie

Au Sénégal, la prévalence du VIH demeure relativement faible dans la population générale, estimée à 0,3 %. Cependant, derrière cette moyenne nationale se cachent d’importantes disparités épidémiologiques, notamment au sein des populations clés.

Selon les données relayées par l’Alliance nationale des communautés pour la santé (ANCS), les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) présentent une prévalence particulièrement élevée, estimée à 27 %. Chez les professionnelles du sexe, elle tourne autour de 5,3 %, tandis qu’elle est évaluée à 3,7 % chez les consommateurs de drogues injectables.

Au Sénégal, certaines zones affichent des taux supérieurs à la moyenne nationale, notamment Kolda et Ziguinchor avec 1,5 %, suivies de Kaffrine (0,9 %), Tambacounda (0,8 %) et Kédougou (0,6 %). Pour les acteurs communautaires, ces écarts traduisent une nécessité urgente d’adapter les stratégies d’accès aux services de prévention, de dépistage et de prise en charge.

Les populations clés, des passerelles épidémiologiques

Selon l’ANCS, la lutte contre le VIH fait aujourd’hui face à deux défis majeurs : les droits humains et le genre.

« Les populations clés présentent des prévalences VIH très élevées. Chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, la prévalence tourne autour de 27 %. Elle est également élevée chez les professionnelles du sexe et les consommateurs de drogues injectables », explique-t-elle.

L’inquiétude est d’autant plus forte que ces populations constituent souvent des passerelles dans la transmission du virus vers la population générale. S’y ajoute le fait que l’entité souligne que « 98 % des HSH entretiennent également des relations hétérosexuelles, souvent dans le cadre de relations conjugales ou familiales ».

En effet, « les données montrent également que 69 % des nouvelles infections chez les hommes âgés de 15 à 49 ans concernent les jeunes HSH. Dakar concentre à elle seule près de 49 % des cas recensés dans ce groupe, avec des prévalences pouvant atteindre 34 % dans certaines régions comme Dakar, Saint-Louis ou Diourbel ».

Pour les spécialistes, la persistance de la stigmatisation et de la discrimination constitue un obstacle majeur à la lutte contre la maladie. Elle freine l’accès au dépistage, aux soins et aux programmes de prévention, augmentant ainsi les risques de propagation silencieuse du virus.

Une affaire révélatrice des enjeux de santé publique

Au-delà des responsabilités individuelles, l’affaire Pape Cheikh Diallo et Cie soulève des enjeux majeurs de santé publique. La prévention du VIH repose traditionnellement sur la sensibilisation, la promotion du dépistage volontaire, l’accès aux traitements antirétroviraux et l’utilisation systématique des moyens de protection.

Les experts estiment que la stigmatisation sociale ou médiatique associant VIH et orientation sexuelle pourrait produire l’effet inverse de celui recherché, en éloignant certaines personnes des services de santé. La peur d’être jugé ou poursuivi peut notamment dissuader les individus de se faire dépister ou de déclarer leur statut sérologique.

 

La transmission volontaire du VIH : un délit sévèrement sanctionné par la loi

Sur le plan juridique, le Sénégal dispose d’un dispositif législatif spécifique pour réprimer la transmission volontaire du VIH.

La loi n°2005-18 du 5 août 2005 définit la transmission volontaire comme le fait, pour une personne consciente de sa séropositivité, de transmettre le virus à autrui à travers des rapports sexuels non protégés. Ce texte prévoit des peines allant de deux à cinq ans d’emprisonnement, assorties d’amendes pouvant atteindre un million de francs CFA.

La loi sur le VIH/sida adoptée en 2010 renforce cet arsenal juridique. Son article 36 prévoit des sanctions plus lourdes, allant de cinq à dix ans d’emprisonnement et des amendes comprises entre deux et cinq millions de francs CFA, pour toute personne qui, connaissant son statut sérologique et les modes de transmission du virus, engage des rapports sexuels non protégés dans l’intention de contaminer autrui.

Selon des experts juridiques, la constitution du délit repose sur plusieurs éléments essentiels. La justice doit notamment établir que la personne connaissait son statut sérologique et qu’elle a agi en toute conscience du risque de transmission.

Entre justice pénale et impératif de prévention

Si la criminalisation vise à protéger les victimes potentielles, plusieurs organisations de santé publique alertent sur ses effets potentiellement contre-productifs. Elles estiment que la lutte contre le VIH doit d’abord reposer sur la prévention, l’éducation sanitaire et le respect des droits humains.

Le défi pour les autorités sénégalaises consiste ainsi à maintenir l’équilibre entre la répression des comportements mettant volontairement en danger la vie d’autrui et la mise en œuvre de politiques sanitaires inclusives favorisant le dépistage, la prise en charge et la réduction des risques.

Dans un contexte où les populations clés jouent un rôle central dans la dynamique de l’épidémie, les spécialistes insistent sur l’urgence de stratégies adaptées, combinant approche médicale, sociale et juridique, afin de freiner durablement la propagation du VIH au Sénégal.

Auteur: Yandé Diop
Publié le: Lundi 09 Février 2026

Commentaires (1)

  • image
    Justice il y a 4 heures
    Ce dossier est un test de grande nature à ce nouveau régime.

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